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La transformation numérique, pilier de la transition de l’UE vers l’économie sociale.

10/05/2022

Retour sur deux journées intenses au forum « l’Economie Sociale, le futur de l’Europe »

Par Bertrand VIALA, Responsable stratégie et développement chez ANEOL.

La conférence « l’Economie sociale, le futur de l’Europe » s’est achevée le 6 mai dernier au Palais de la Musique et des Congrès à Strasbourg, dans le cadre de la Présidence française de l’Union Européenne. Prévue initialement en février 2022, elle a fait suite à l’adoption le 9 décembre 2021, du Plan d’Action Européen sur l’économie sociale. Ce plan lancé par la Commission Européenne propose une série d’actions concrètes sur la période 2021-2030 pour faire du secteur de l’économie sociale un secteur économique à part entière dans l’Union Européenne tout en permettant, d’atteindre les objectifs de l’Union dans les domaines de la transition écologique et de la transformation digitale*.

La conférence de Strasbourg a donc réuni des acteurs de l’économie sociale venus de toute l’Europe et de tous types, entreprises, associations, universitaires, institutionnels, organisations caritatives et responsables politiques. ANEOL était également présent pour participer à des ateliers sur le numérique.

Harmonisation et simplification

Dans une perspective résolument pragmatique, la problématique de la transposition du plan d’action dans le quotidien des acteurs locaux a été posée dès les deux séances plénières d’ouverture : la première réunissant Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg avec d’autres personnalités françaises et européennes, dont une délégation ukrainienne ovationnée par les participants ; la seconde, réunissant des dirigeants de réseaux de l’économie sociale en Europe, notamment de Suède, d’Espagne et de Roumanie. 

Ainsi comme l’a rappelé Deirdre Garvey, Directrice Générale de l’organisme caritatif Irlandais, the Wheel, qui fédère au niveau national, toutes les structures de l’économie sociale, le plan d’action européen permet de clarifier ce qu’est l’économie sociale à l’échelle européenne, et d’en harmoniser les diverses variations existantes aux niveaux des législations nationales et des régions. Diana Ghinea, dirigeante de Coompanion, un organisme qui promeut l’entrepreneuriat social et coopératif en Suède, a également rappelé que le plan d’action apportait aux entités de l’économie sociale une visibilité et une légitimité qui leur faisaient jusqu’alors défaut auprès de partenaires institutionnels et privés connaissant mal les enjeux de cette économie.

En effet, les défis pour la constitution d’une économie sociale intégrée à échelle européenne sont nombreux : La diversité des définitions, des législations et des modèles économiques appelle en premier lieu à trouver des formes d’harmonisation sans trahir les enjeux nationaux et locaux ; l’accessibilité aux financements et à la commande publique sont des défis rencontrés à travers l’Europe. Lors de la plupart des ateliers auxquels ANEOL a pu participer, les demandes de simplification et un allègement des contraintes liées à la constitution de dossiers administratifs ont été récurrentes. En effet, une des difficultés, et non des moindres, est de gérer les candidatures entre les échelons locaux, nationaux et européens.  

Un nouveau monde numérique et solidaire ?

Dans ce projet colossal de réforme et de gouvernance, la transition digitale est en toile de fonds de tous les enjeux et structure tous les débats.  

Elle a été abordée lors de deux ateliers portés par des intervenants de grande qualité, auxquels ANEOL a eu la chance de pouvoir participer.  Le premier, le 5 mai 2022, intitulé « Mobilising Digitalisation for Social and Economic Added Value Initiatives », réunissant entre autres la confédération intersectorielle des employeurs à profit social de Wallonie UNIPSO et le Social Good Accelerator, a traité de la façon dont les acteurs de l’économie sociale pouvaient s’approprier le numérique.  Le second, le 6 mai, traitait du modèle des plateformes et des biens communs numériques. Un troisième atelier a fait le point spécifiquement sur les modèles coopératifs dans le numérique en mettant en avant le cas des LICOORNES. 

La transition numérique participe de la structuration, de l’efficacité et de l’impact des acteurs de l’économie sociale, en permettant une rationalisation de leurs démarches et une meilleure maîtrise de leurs impacts environnementaux et sociaux.  Elle est également centrale en raison des problématiques d’indépendance et de valeurs sociétales liées aux modes de gestion de la donnée. Ce point revêt une importance toute particulière à la suite de l’accord historique du Digital Services Act (DSA) entériné le 23 avril dernier ainsi que la perspective du Digital Market Act (DMA) devant entrer en vigueur en 2023. Dans leur logique de contrôle des GAFAM, ces règlementations ouvrent la voie à des modèles numériques alternatifs, permettant aux acteurs de l’économie sociale de revendiquer un secteur numérique plus en adéquation avec leurs valeurs. Sur ce dernier point, la nécessité d’intégrer la prise en compte des impacts des usages numériques sur l’environnement a été discutée de façon très pragmatique, avec le souci de trouver un équilibre entre efficacité organisationnelle et sobriété numérique. 

Une des questions essentielles reste de pouvoir permettre aux acteurs de l’économie sociale de développer leurs capacités numériques. Parmi les points d’importance ont été abordés les besoins de pouvoir identifier et lister la grande diversité des usages spécifiques qui distinguent les structures solidaires des structures marchandes. Répondre à un besoin social et/ou environnemental dans une logique solidaire n’est en effet pas la même chose que de développer une application commerciale pour répondre à un besoin de consommation. L’ensemble des participants a pu constater un déficit d’options et de services viables offrant des outils numériques adaptés aux usages des acteurs du solidaire. La question de la montée en compétences des personnels et bénévoles des structures de l’économie sociale a été également discutée. Cette démarche, selon certains intervenants, doit s’inscrire dans le cadre de stratégies adéquates d’accompagnement au changement. D’autres sujets passionnants portant notamment sur la création de nouveaux modes de gouvernance, rendant les acteurs du solidaire plus indépendants des logiques marchandes, ont mené à des discussions sur la dé-numérisation des fonctionnalités de certaines plateformes. Ces discussions ont permis également d’aborder la question essentielle de l’interopérabilité et le partage de la donnée, permettant d’envisager des modèles économiques hybrides semi-marchands. 

De toute évidence, la conférence a permis d’envisager que l’émergence de l’économie sociale en Europe pouvait poser les bases d’une nouvelle philosophie du numérique. Si les usages et les outils sont encore en cours de définition, cette vision met l’humain au cœur du numérique, un espoir que, chez ANEOL, nous nous efforçons de réaliser quotidiennement.  

[*] Le communiqué transmis en décembre 2021 à ce sujet par la Commission au Parlement Européen, au Conseil, au Comité Economique et Social ainsi qu’au Comité des Régions, rappelle que quotidiennement, plus de 2,8 millions de structures de l’économie sociale « offrent des solutions concrètes et innovantes pour relever les défis essentiels » auxquels nos sociétés font face. D’après les chiffres publiés par le Labo de l’Economie Sociale et Solidaire, ces structures représentent déjà 8% du PIB de l’Union Européenne.

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