12-10-2021--Calque-SmartSlider2

Gérer une association de quartier aux Etats-Unis, avec Danielle Redmont, fondatrice de la Historic Paradise Foundation

30/11/2022

Par Bertrand Viala, responsable stratégie et développement chez ANEOL.

 

Cette interview a été réalisée dans le cadre de notre blog, les impactantes.

Bertrand : Bonjour à tous ! Aujourd’hui, nous avons le plaisir de nous rendre aux États-Unis pour rencontrer Danielle Redmond. Elle est la présidente de la Fondation Historic Paradise mais elle accompagne également les institutions dans la création de solutions éducatives innovantes. Bienvenue Danielle.

Danielle : Bonjour à vous et merci de me recevoir aujourd’hui.

Bertrand : C’est un plaisir de vous recevoir aujourd’hui. Danielle, vous avez une histoire fascinante au niveau international et national, vous avez été très active en tant que spécialiste de l’économie sociale et de l’engagement des communautés. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la Fondation Historic Paradise, sa mission, et comment vous en êtes venue à la diriger ? 

Danielle : Eh bien, je viens d’une communauté qui était très florissante, mon arrière-arrière-grand-père qui était un ancien esclave a reçu un don d’environ 1500 $ dans les années 1800, ce qui à l’époque a fait de lui un homme riche. Il a donc acheté beaucoup de propriétés, il a aidé à construire une église autour de laquelle la communauté a été créée. Quand il est décédé, la communauté a était autosuffisante pendant un certain temps. Puis j’ai commencé à remarquer un déclin au cours des dernières décennies, alors que beaucoup de personnes âgées ont commencé à vieillir, leur statut socio-économique a changé. Leurs enfants, dont beaucoup ont fait des études supérieures ou ont choisi d’autres carrières, ne sont pas revenus à la maison, alors ils ont déménagé dans d’autres communautés et se sont installés ailleurs. Et donc, il n’y avait plus d’argent qui entrait dans la communauté pour continuer à la faire prospérer. Nous avons donc commencé à voir les effets de l’embourgeoisement. J’ai donc vécu à Chicago pendant un certain temps, puis je suis allée vivre au Moyen-Orient, où je vous ai rencontré Bertrand. 

Bertrand : Oui, en effet. C’est là que tout a commencé (rires). 

Danielle : Oui, absolument. Et quand je suis retournée dans ma communauté, j’étais peinée de savoir que partout ailleurs, tout était en plein essor et florissant, à l’exception de cette communauté qui avait été construite par l’un de mes ancêtres, autrefois esclave. Et donc, voir un déclin aussi rapide m’a incité à prendre des initiatives, à trouver des ressources qui pourraient donner un coup de pouce à ceux qui en ont besoin. Il y avait sans aucun doute des problèmes d’accès et certains de ces problèmes d’accès se présentaient sous la forme, disons, de l’alphabétisation numérique. A partir du moment où une grande partie du marketing est ciblée sur ceux qui ont des téléphones portables, donc ceux qui ont Internet dans leurs foyers, sur ceux qui savent encore comment obtenir des informations même s’ils sont immobiles ; et la période COVID a créé une situation exceptionnelle. Donc c’est là que nous avons commencé à nous développer, en 2019 avec la création de la fondation Historic Paradise. Et nous avions beaucoup d’événements sociaux dans les parcs publics. Nous les organisions tous les premiers samedis du mois et ensuite nous avons créé une équipe sportive. Nous avions de la nourriture et d’autres ressources que les gens de la communauté pouvaient venir chercher gratuitement, des choses dont ils pouvaient avoir besoin. Pendant ces périodes, nous découvrions également ce dont ils avaient besoin, des fournitures dont les gens pouvaient se débarrasser et qu’ils voulaient. Il y avait donc un échange qui se faisait, dans un sens, pour construire l’équité sociale. Donc, quand nous sommes arrivés, nous avons commencé à chercher un autre endroit parce que, comme vous le savez, être dans des lieux publics dépend des conditions météorologiques. Donc, il y avait des choses que nous ne pouvions pas faire s’il pleuvait, s’il neigeait ou s’il faisait trop chaud. Donc, nous avions besoin d’un emplacement, donc nous nous installions dans une église. En échange, nous avons accepté d’aider à réparer les choses dont l’église avait besoin parce que c’était une église qui était presque, tu sais, déserte. Donc, ils avaient besoin d’aide. Ils avaient besoin d’être modernisés. Ils avaient un problème d’électricité, des problèmes de plomberie. Je veux dire par là, que nous avons pu les aider à résoudre les dysfonctionnements qu’ils avaient. Et tout cela se faisait en échange de l’occupation de l’emplacement.

Bertrand : Je pense qu’il est important de rappeler à tout le monde où se trouve votre communauté parce que, bien sûr, les États-Unis sont un grand pays et il y a tellement de situations différentes. Vous avez mentionné Chicago à un moment donné, mais je sais par le fait que vous n’êtes pas à Chicago quand vous parlez de cela. C’est important parce que c’est aussi lié à l’histoire dont vous parlez et je pense qu’il est aussi essentiel de connaître le contexte. 

Danielle : Absolument. C’est un facteur clé dans la raison pour laquelle les choses sont ce qu’elles étaient. Hum, je suis dans l’Etat de Caroline du Sud. Comme vous le savez, Charleston en Caroline du Sud était une ville portuaire pendant la traite transatlantique des esclaves. De ce fait, vous vous retrouvez avec une grande population de personnes qui ont été réduits en esclavage ou leurs descendants l’ont été en raison de la proximité. Cependant, là d’où je viens c’est à la frontière d’une banlieue appelée Charlotte, et cette banlieue dans laquelle je vis, est en Caroline du Sud, mais c’est juste de l’autre côté de la ligne si vous cherchez. Quand vous regardez sur une carte, c’est Fort Mill en Caroline du Sud. Vous ne saurez pas qu’il y a de la pauvreté ici, parce que la ville elle-même, la banlieue elle-même est très aisée et cette population aisée a été attiré ici parce qu’il y a un grand secteur financier à Charlotte. Et la ville de Charlotte est un centre financier, donc beaucoup d’entreprises, de banques s’y installent et par conséquent beaucoup de leurs talents se déplacent vers la ville où je vis à cause des excellentes écoles, de la taxe de vente moins chère, de tout moins cher. Par conséquent, nous avons un grand afflux de résidents plus aisés.

Bertrand : Ce dont vous parlez fait vraiment écho à ce que nous avons en France. Je m’excuse de vous interrompre mais c’est un point tellement important. La question de la gentrification, le fait que certaines communautés sont plus ou moins privées de leur accès au logement, aux ressources communautaires locales à cause de la gentrification, qui est en soi un bien économique également. Cela fait écho à beaucoup de situations que nous avons en France et à un dilemme qui est en fait très difficile à gérer correctement par les autorités publiques parce que c’est une question très complexe. Et c’est là que des organisations comme la vôtre ou d’autres organisations économiques et sociales en Europe. Elles jouent un rôle très important parce qu’elles peuvent créer ce pivot entre l’économie sociale et les différentes tensions sociales qui découlent de ces nouvelles situations. Danielle, comment vous envisagez les choses pour votre communauté ?

Danielle :  En fait, ces organisations jouent un grand rôle dans l’aide à la communauté et donc, je sais que les entreprises américaines font ce que vous appelez la responsabilité sociale des entreprises ou la responsabilité sociale et la responsabilité sociale des entreprises. 

Bertrand : Oui c’est la notion de RSE, de Responsabilité Sociétale des Entreprises.

Danielle : Voilà. Si les entreprises ne connaissent pas leur impact sur les communautés, alors il est important d’aller vers elles et de construire des relations avec elles. Parfois, ils ne savent tout simplement pas que vous existez, comme les communautés pauvres. Qui s’occupe de plébisciter cette communauté ? Qui vous fait savoir que cet endroit existe ? Vous savez, surtout dans les zones où vous manquez de ressources : comment peut-on obtenir les ressources pour se connecter avec ces sociétés ? Donc, vous devez avoir des gens qui peuvent interagir, qui sont à l’aise pour interagir avec ces différents mondes. Et donc, par exemple, il y a beaucoup de réticence de la part des individus à tendre la main parce qu’il y a un manque de confiance. Alors, vous devez être en mesure d’avoir quelqu’un qui peut prendre la parole., indépendamment de ce manque de confiance, pour demander et raconter pourquoi c’est nécessaire et pourquoi ça ne l’est pas. Ce n’est pas de l’aide sociale, ce n’est pas de la mendicité, mais une organisation caritative qui cherche le soutien public de ses donateurs. C’est ce que fait une organisation caritative pour améliorer la situation des personnes défavorisées. C’est le but de ce que nous faisons, notre travail est centré sur la fin de la gentrification. Il s’agit donc de protéger et de préserver, de manière proactive, les personnes et les propriétés de la communauté Paradise. Cependant, nous avons découvert qu’il y a énormément de communautés comme celle-ci dans le monde, et que si nous pouvions créer ce modèle ou ce plan, c’est quelque chose qui pourrait aider. Peu importe où vous êtes, si vous êtes en train de vivre la gentrification.

Nous avons donc 4 piliers dans lesquels nous opérons mais le principal est le bien-être. Donc, vous savez que le bien-être englobe beaucoup de choses : le bien-être physique, financier et spirituel. Si ces domaines ne sont pas alignés, cela peut entraîner des conséquences et devenir une barrière. Nous avons également un autre pilier, les membres de notre communauté. Nous avons besoin d’adhésions pour qu’il y ait un échange car vous devez avoir des gens qui peuvent parler pour la communauté et interagir avec elle. Donc l’engagement au sein de la communauté est primordial car comme je l’ai dit, il faut quelqu’un qui peut jouer ce double rôle. 

La nutrition et l’alimentation sont l’un de nos piliers car nous savons que vous pouvez améliorer votre santé grâce à votre alimentation en mangeant sainement et ainsi de suite. 

Il faut savoir que ce que vous mangez affecte votre santé mentale et votre santé physique. Il y a donc un ensemble de choses qui peut contribuer à améliorer votre situation. Ensuite, nous avons l’éducation comme autre pilier et c’est probablement là que nous faisons le plus de travail. Vous savez, c’est la porte d’entrée pour un peu tout le reste. Nous nous adressons donc à un grand nombre de jeunes, car lorsque nous nous adressons aux jeunes, nous sommes en mesure d’avoir un impact positif sur leur génération. Ils seront capables ensuite de prendre soin de la communauté et de leurs familles. Nous les éduquons, nous leur donnons des ressources qui ne sont peut-être pas disponibles à la maison, comme l’accès au Wi-Fi illimité et à notre centre d’apprentissage 21st Century Learning Center. Ainsi, leurs parents peuvent travailler parce que nous sommes disponibles pendant ces heures de travail prolongées. Ils peuvent alors prendre l’argent qui aurait été normalement dépensé dans un centre d’apprentissage privé et le mettre dans le ménage. Donc, il y a un plus grand investissement dans le foyer. De plus, nous fournissons des services d’accompagnement, donc quand c’est la rentrée, nous leur fournissons tout ce dont ils ont besoin pour les fournitures scolaires. Nous les équipons pour la première semaine complète de vêtements scolaires, chaussures, chaussettes, sous-vêtements. Et à Noël nous distribuons des cadeaux de Noël, à ses enfants et ainsi qu’à leurs frères et sœurs. 

Bertrand : Wow !

Danielle : L’objectif est que ces enfants intègrent notre centre d’apprentissage parce que les bénévoles investissent de leur temps pour que leurs enfants participent avec nous, ce qui va les aider à grandir tout au long, et en échange nous allons leur donner un soutien supplémentaire qu’ils peuvent obtenir sans jugement. Ils n’ont pas à montrer leur carte de sécurité sociale ou à prouver qu’ils bénéficient de certaines prestations gouvernementales que nous avons déjà vérifiées. Vous savez, nous connaissons la situation mieux que quiconque, mais nous aidons sans jugement. Nous nous assurons donc qu’en fin de compte, nous apportons de la valeur ajoutée et que nous ne causons aucun tort, même si c’est involontaire. Nous proposons également un camp d’été de huit semaines, où les enfants continuent d’apprendre et évoluer même en dehors la communauté. Ils font des excursions dans de nombreux endroits. Avoir une enfance normale implique même des cours de natation, du camping, des sorties au théâtre, au cinéma, dans des musées. Ils sont donc toujours en mouvement et cela fait partie de notre programme d’été. Nous fournissons les repas, les collations, le petit déjeuner et le déjeuner. Ils ont également accès à des enseignants certifiés et à des bénévoles supplémentaires. Nous avons une base solide de bénévoles avec des partenariats avec les écoles de quartier, et avec d’autres organisations civiques. Donc, nous nous associons avec eux pour fournir tout ce qui est nécessaire. Vous m’avez compris, tout ce que nous faisons est basé sur les dons et les collectes de fonds

Bertrand :  Je suis très impressionné par toute la diversité des actions qui sont menées par votre organisation et bien sûr les valeurs humaines qui y sont prônées, notamment le facteur de non-jugement parce que je pense que dans la lutte contre la pauvreté, la lutte contre la discrimination et les stéréotypes c’est une notion importante. Donc, je pense que le fait que vous mettiez cela au cœur de votre action est très impressionnant et efficace, parce que vous menez beaucoup d’actions. J’aimerais vous poser la question suivante : bénéficiez-vous d’un soutien de la municipalité dans le cadre de programmes gouvernementaux ? En France, beaucoup d’organisations comme la vôtre reçoivent des subventions des municipalités locales, des départements, des régions, notamment des aides régionales de l’État. C’est pourquoi je suis curieux de voir comment cela fonctionne pour votre organisation aux Etats-Unis. 

Muriel : Oui en effet, il y a des aides disponibles mais la contrainte est qu’il y a énormément de documents et procédures administratives. Il y a beaucoup d’obstacles à franchir juste pour pouvoir fournir des soins aux autres. Il y en a beaucoup de responsabilités qui vont derrière ça, et vous auriez besoin de quelqu’un pour s’occuper à plein temps de toutes ces tâches administratives parce que c’est tellement lourd en termes de documents que vous devez vraiment avoir quelqu’un. Donc ce que je fais, c’est que j’écris des demandes de subventions, j’en écris beaucoup pour tous nos projets. Je reçois aussi beaucoup de dons de certaines églises qui nous considèrent comme un ministère. Lorsqu’elles nous intègrent à leur ministère en tant que mission locale, elles nous soutiennent là où elles nous aider. Elles nous apportent un soutien financier permanent. De même, nous avons pu recevoir une subvention d’innovation pour l’éducation de l’état de Caroline du Sud. C’était environ 16 000 dollars. Cela va donc nous aider énormément, et le fait d’avoir des gens qui sont dans la politique, qui surveillent ces subventions au fur et à mesure qu’elles arrivent et qui s’assurent que les bonnes personnes qui sont dans le besoin peuvent les demander, est un autre élément clé. Nous avons donc ce genre de personnes qui cherchent et recherchent des types de soutien dont notre organisation pourrait bénéficier. Et cela a été utile. Mais la majeure partie de notre soutien, probablement 70 % ou plus, provient de la collecte de fonds publics. 

Bertrand : C’est assez impressionnant ! La collecte de fonds est un élément clé dans la gestion d’une organisation comme la vôtre. De plus, avez-vous l’intention d’engager des volontaires ou des personnes qui peuvent venir vous soutenir gratuitement ? Avez-vous ce genre de soutien ? Dans votre communauté, les gens qui viennent vous aider avec votre organisation, je suis sûr que vous en avez. Alors, combien de personnes avez-vous et comment les gérez-vous ? Comment est-ce organisé ? Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos opérations quotidiennes concernant les bénévoles ?

Danielle : Nous avons des formulaires d’adhésion où les gens peuvent s’inscrire pour faire du bénévolat et il y en a qui sont ciblés vers les personnes des communautés religieuses. Ils les remplissent et peuvent venir faire de l’aide aux devoirs de 14h30 à 15h ou 16h34. De 14h15 à 16h, ils peuvent s’inscrire pour effectuer des créneaux de 45 minutes. Nous avons une rotation d’environ 5 personnes ou plus qui viennent dans ces plages horaires. Maintenant, ce sont des habitués sur le créneau de 16h00 à 18h00. Et en ce moment, nous donnons des cours après l’école de 14h30 à 18h00. Et donc, ceux qui viennent à partir de 16 heures sont généralement des étudiants et nous avons entre 20 et 40 lycéens par semaine. La semaine dernière, nous avons eu un don, 114 kg de nourriture. Et nous avions au moins 30 volontaires, donc chaque école a une adhésion à notre programme. Donc, les lycéens volontaires, qui sont dans qui sont les leaders dans le club, créeront le lien et nous ramenerotn de nouveaux bénévoles. Ils feront également la promotion sur leurs réseaux sociaux, comme Instagram, où ils sont très suivis, et aussi Snapchat. Nous avons donc ces leaders au niveau de l’école qui défendent nos intérêts, font du marketing pour nous et supervisent la formation. Nous avons donc créé une structure de formation interne, qui les guide et qu’ils ont intégré, ce qui nous permet d’agir au niveau de chaque école. Donc nous recevons environ 4 volontaires par jour d’une école et l’autre école en reçoit peut-être deux et parfois nous en recevons 20 en fonction du projet. Donc, nous faisons beaucoup de projets d’artisanat et d’activités pour les vacances. On peut en avoir 20 en un jour. 

Bertrand : C’est assez impressionnant. Donc, vous avez beaucoup de bénévoles qui accomplissent différents types de tâches. Actuellement, combien de bénévoles travaillent dans votre organisation, si vous avez une estimation pour que nous puissions avoir une idée de la taille de tous les efforts qui sont engagés par votre fondation ? 

Danielle : Nous avons probablement jusqu’à une cinquantaine de bénévoles, tous ensemble, et ils ont tous des domaines de spécialité différents. Certains font une collecte de snacks ou de nourriture parce que nous le faisons. Nous gardons des collations et des choses pour les enfants car, comme je l’ai dit, la nutrition et l’alimentation sont importantes. Nous avons des personnes qui viennent faire des activités récréatives avec les enfants pendant la période de six heures. Ils peuvent donc jouer au football, au soccer, ou à d’autres sports. Ils pourront faire leur activité dans notre aire de jeux à l’extérieur et les bénévoles les aident aussi. Nous avons des bénévoles qui sont, dans chaque domaine, je veux dire, nous avons ceux qui sont impliqués dans les écoles, aussi auprès des parents qui nous sponsorisent ou les associations de parents d’élèves, ou vous savez et ainsi de suite. Mais c’est en construisant des relations que l’on obtient ça. Vous ne pouvez pas le faire avec seulement du marketing en ligne. Il doit y avoir une présence physique aussi et quelqu’un qui aime le travail de proximité. Et donc, vous savez, qui va aux réunions et parle parce qu’une fois que vous obtenez ces relations. Les gens avec qui vous avez construit ces relations vont sortir et vont défendre vos intérêts parce qu’ils connaissent les besoins et les enfants. Certains de nos bénévoles viennent leur enseigner le piano deux fois par semaine. Nous avons des volontaires qui les aident à apprendre à faire du rap, de la musique rap et d’autres choses. Ouais. 

Bertrand : Et donc, j’aimerais bien écouter un concert un jour.  

Danielle : Oh oui. Et ils ont des récitals et ils ont vraiment, il s’agit de construire
ces relations. Le district scolaire aide à fournir des collations aussi. Nous
avons un service de transport où nous allons chercher les enfants et nous les
ramenons à la maison.  

Bertrand : Ce que je retiens de tout cela, Daniel, c’est que bien sûr, parce que nous sommes une entreprise technologique et que nous travaillons avec tout ce qui est numérique, l’une des choses que nous aimons défendre ici dans notre société est que le numérique ne fonctionne que si vous avez de l’humain. Et c’est exactement ce que vous nous dites. Je veux dire, vous pouvez faire autant de marketing que vous voulez. Vous pouvez tenir autant de blogs ou promouvoir vos plaidoyers sur internet, auprès d’autant de personnes que vous le souhaitez : si vous n’avez pas de vraies personnes qui parlent à d’autres vraies personnes, alors bien sûr rien ne va se passer et vous ne ferez pas votre travail, qui est le soutien des communautés que vous défendez. Cela m’amène à poursuivre ma réflexion : j’ai récemment assisté à un événement en France qui est l’événement national pour les fondations et les fédérations nationales françaises liées à l’économie sociale (FNAF). L’un des points clés soulevés par les experts était que de plus en plus d’associations caritatives locales, d’ONG locales qui travaillent au niveau local ont des difficultés à recruter des bénévoles et à collecter des fonds parce qu’elles ne sont pas assez fortes dans la maîtrise des outils numériques.  

Fondamentalement, nous avons des changements démographiques en France avec beaucoup de volontaires d’un certain âge, une certaine génération qui n’est pas à l’aise
avec les outils en ligne, et la plupart des gens qui veulent donner de l’argent
en ce moment sont prêts à le faire en ligne via SMS ou d’autres types de
collecte de fonds en ligne, ce qui pose un problème.  

Donc, j’aimerais savoir si la situation à laquelle nous avons été confrontés en
France est aussi celle des Etats-Unis. Comme les
Etats-Unis sont le foyer de la plupart, je dirais, des entreprises
technologiques en Occident, cela contribue-t-il au fait
que le public des associations et des fondations comme la vôtre est plus à l’aise avec ces outils ou pas. Parce qu’en France, même si beaucoup de gens sont connectés, il n’y a pas assez de connaissances et de savoir-faire pour que les organisations puissent organiser des campagnes de collecte de fonds pour les petites organisations. 

Danielle : Cette remarque est tout à fait pertinente. Et je peux vous dire qu’il y a beaucoup d’organisations dans le monde et beaucoup localement aussi, et beaucoup d’entre elles veulent savoir comment procéder.  En particulier depuis le COVID, il
y a beaucoup de ménages et de familles qui ont été touchés par l’aspect financier
du problème. Donc, vous savez, nous avons trouvé des solutions créatives. De mon côté, la bonne chose, c’est que j’ai une solide expérience en technologie, vous savez,
lorsque je vivais aux Émirats arabes unis, et pour la première fois aux États-Unis
où j’ai enseigné, j’enseignais l’informatique au niveau secondaire et je soutenais l’informatique au niveau scolaire. Donc, j’apporte un solide bagage technologique avec un équilibre de. De. Comment appelez-vous ça, de l’activisme ?  

Et en tant qu’éducateur certifié, vous savez. Je suis un éducateur de métier et
c’est ce que je fais donc j’ai, vous savez, je ne connais pas l’équivalent là-bas mais un baccalauréat en élémentaire, un baccalauréat en sciences et en éducation. J’ai un master en curriculum et instruction, donc je sais comment planifier maintenant, et je sais comment aligner les ressources pour les programmes. J’ai un master en administration et supervision, ce qui me donne le savoir-faire supplémentaire, vous savez, les connaissances pour fonctionner aussi.  

 Donc, tous ces dons et compétences ont été combinés pour servir le bien commun en
mettant en œuvre la technologie et ce qu’elle peut permettre.  J’ai étudié l’informatique à l’école professionnelle quand j’étais adolescente, et ce solide bagage m’a aidé à trouver des outils qui sont des solutions.  Grace à cela, Je peux travailler plus intelligemment. Quand j’ai commencé, j’ai autofinancé un peu tout. Enfin, je ne suis pas un peu de tout, je finançais tout. (rires)  

J’ai donc dû m’éloigner de ce modèle parce qu’en fin de compte, je devais toujours
nourrir ma famille et prendre soin de moi. Je me suis donc éloigné de ce modèle
et j’ai commencé à solliciter un soutien, un soutien public, parce qu’à ce stade, j’avais déjà commencé à démontrer le travail que je faisais et l’engagement envers la cause et le succès de la cause. Donc, ensuite, j’ai été capable de faire connaître mon travail et notre mission  et notre engagement.  Ces outils (numériques) m’ont permis d’expliquer et de justifier pourquoi il y a un besoin et, mais une fois que j’ai commencé à faire
ça, c’était presque comme si c’était devenu à la mode. Vous savez, les gens veulent être impliqués. Ils veulent être impliqués dans quelque chose de grand. Et parfois ce que vous avez à donner n’est pas financier. Parfois, ce que vous pouvez donner, c’est du temps. Parfois ce que vous pouvez donner c’est, vous pouvez donner des contacts ou des connexions, des gens que vous connaissez qui savent des choses. Vous voyez ? Donc, l’un ou l’autre de ces dons est essentiel et nécessaire et, vous savez, une sorte d’attention pour notre mission pour être capable, vous savez, de vraiment
soutenir notre mission. 

Bertrand : J’ai donc une question délicate à te poser, Danielle. Alors, est-ce que tu utilises les outils numériques pour collecter des fonds ou pour recruter des bénévoles ? Quel est l’usage du numérique dans ton organisation ? Nous savons, bien sûr, que ton association a fourni des Chromebooks à environ 30 foyers. C’est donc essentiellement la cible de ton travail. Mais est-ce que tu l’utilises pour gérer ta structure? Et si oui, comment le fais-tu  ? Et si non, pourquoi ? 

Danielle : Donc oui, quand nous étions au cœur du COVID, nous avons découvert qu’il y avait des problèmes illectronisme. Il y avait des problèmes d’illectronisme. Beaucoup de personnes ont des téléphones portables, mais pour certaines démarches,  elles ont besoin de plus de matériel comme un ordinateur portable. Certaines familles voulaient être en télétravail parce qu’elles ne voulaient pas avoir le COVID en allant sur leur lieu de travail, nous avons donc rédigé une subvention pour l’achat de Chromebooks, car ces derniers nécessitent l’utilisation d’Internet. Et ceux qui n’avaient pas Internet ont dû  s’en procurer car les Chromebooks ne fonctionnent pas sans Internet. Nous avons donc pu ouvrir de nombreuses portes, car ils peuvent répondre eux-mêmes à ce besoin. Certains d’entre eux ont des points Wi-Fi sur leurs téléphones portables qui leur ont permis de se connecter. Mais, comme tu me l’as demandé, j’utilise de nombreux outils pour la collecte de fonds et nos programmes d’accompagnement. J’utilise des plateformes de programmation comme Act Blue, j’utilise divers outils comme PayPal. Nous avons toutes les tendances en matière d’outils mobiles de collecte de fonds ou d’envoi d’argent comme Venmo Cash App, nous utilisons aussi Zelle. Nous en avons d’autres que nous utilisons également. Je ne sais pas s’ils sont disponibles en France, mais il y a beaucoup d’options pour de collecte de fonds en ligne. 

Bertrand : Comment les gens réagissent ils ? En fait, les gens qui veulent faire des dons, est-ce qu’ils ont encore parfois des réactions du genre je voudrais plutôt faire un chèque ou faire un transfert d’argent. Ou est-ce qu’ils sont tous à l’aise avec l’envoi d’argent via des applications ? Quel est le rapport entre les moyens traditionnels d’obtenir des fonds et les nouveaux moyens technologiques ? As-tu une idée ?

Danielle : Cela dépend. Parfois, si nous avons un évènement qui a une échéance immédiate, alors la plupart des fonds sont récoltés en ligne. Nous collectons donc mieux les fonds par des moyens mobiles et numériques. Mais s’il s’agit d’un projet à long terme ou d’une aide au fonctionnement général, les fonds proviennent davantage de chèques et des missions locales de divers ministères religieux. C’est un peu comme ça, les chèques sont plus un soutien à long terme. Nous pouvons donc créer un projet et dire par exemple que nous voulons que vingt enfants aillent en camp, nous pouvons créer une collecte de fonds numérique, disons par le biais de la collecte de fonds Facebook, qui est disponible. Je ne sais pas si c’est disponible en France, mais nous pouvons en créer une là-bas et dire, hey nous avons encore besoin de 10 personnes. Et nous pouvons simplement continuer à montrer, à démontrer ce besoin, à donner des dates limites, etc. et les gens répondent. Nous développons beaucoup de nos actions marketing en utilisant l’outil Canva. C’est très utile. 

Bertrand : Oui, nous l’utilisons, nous aussi.

Danielle : Oui, pour être honnête, nous l’utilisons. C’était comme Microsoft Publisher et tous les autres que nous utilisons, mais Canva a été essentiel pour nous.  Nous utilisons également Techsoup.org. En tant qu’organisation à but non lucratif, nous bénéficions de réductions sur un grand nombre de logiciels et d’outils qui sont généralement à moitié prix ou moins chers. Et cela nous permet de faire des économies à long terme, mais nous avons accès à beaucoup d’autres outils. Ainsi, notre comptabilité et tout ce qui s’y rapporte est basé sur un abonnement par le biais duquel nous avons obtenu des réductions grâce à TechSoup. 

Bertrand : Donc en gros, le modèle pour la gestion numérique de votre organisation est basé sur des abonnements à des plateformes qui proposent des tarifs pour les associations caritatives et les fondations de l’économie sociale. C’est bien cela ?

Danielle : Oui.

Bertrand : OK, c’est à peu près la même chose en France en fait. ANEOL fait aussi ce genre de travail, nous développons des logiciels où nous intégrons des solutions. Nous essayons de conseiller ces structures basées en France pour les aider à choisir les meilleurs outils et les intégrer correctement. Parfois, notre équipe de développeurs crée des logiciels afin que l’ensemble des bases de données se connectent correctement les unes aux autres. Nous comprenons donc parfaitement votre point de vue. C’est ce que nous faisons tous les jours dans notre équipe ici.

Donc, j’en viens au fait. Ma question est aussi parce que nous avons un débat  en Europe, comme tu le sais, et je suis sûr que c’est la même chose aux États-Unis, avec la notion de transformation numérique durable. Fondamentalement, autour l’utilisation d’équipements informatiques ou matériels remis à neuf. Ainsi, par exemple, nous essayons de développer des partenariats en tant qu’entreprise de services numériques avec des organisations qui pourraient collecter du matériel informatique auprès de grandes entreprises. Cette collecte aura pour but de remettre à neuf, réorganiser, reconditionner le matériel pour ensuite le distribuer lorsqu’il fonctionne correctement, aux communautés démunies qui, en raison de la fracture numérique, ne peuvent pas s’offrir un ordinateur portable, un smartphone ou une tablette. Et en n’ayant pas ce matériel, cela les privent de leurs droits sociaux et de leur autonomie économique. Est-ce que vous vous appuyez sur cette pratique du reconditionnement ou est-ce quelque chose que vous pensez mettre en place ? Comment cette idée de reconditionnement fonctionne-t-elle dans l’environnement social aux États-Unis et en Caroline ?

Danielle : Um, cela représente probablement 90 à 95% des dons en passant de la photocopieuse aux ordinateurs. Nous utilisons donc beaucoup les ordinateurs de bureau lorsque les gens ont besoin d’un poste fixe, ou s’ils doivent être de passage dans notre bâtiment ou pour certains projets. Alors ils utiliseront nos appareils mobiles, on a environ 6 iPads et on a peut-être une trentaine d’ordinateurs portables. Et bien sûr, les ordinateurs portables incluent les Chromebooks. Laisse moi le formuler comme ça,  la plupart d’entre eux sont des Chromebooks que nous utilisons et ils sont tous donnés ou achetés d’occasion parce que c’est ce que nous faisons. Nous n’achetons pas en grande quantité ce type de matériel car généralement nous les obtenons lorsqu’ils sortent d’une location d’une organisation, ou une famille qui a acheté le dernier modèle et qui veut donner tous les anciens ordinateurs qu’elle avait. Donc nous renouvelons le matériel.  C’est un autre moyen, mais nous n’envoyons pas d’ordinateurs de bureau. Nous ne faisons des dons qu’avec les Chromebooks parce que nous savons que nos bénéficiaires doivent avoir Internet pour l’utiliser. Et nous voulons qu’ils aient l’appareil et qu’ils l’utilisent dans ce but. Donc c’est la raison pour laquelle nous faisons de tout cœur cette démarche parce que même avec le téléphone portable, vous avez toujours certaines limites.

Bertrand : C’est vrai. 

Danielle : Alors ce qui se passe lorsqu’un un appareil peut encore démarrer et fonctionner efficacement et rapidement, nous aidons nos bénéficiaires à surmonter la frustration de démarrer un ordinateur et d’attendre que tous les programmes se chargent et que toutes les tâches soient lancées. Et il y a tant d’autres choses qu’ils n’ont plus à gérer avec le Chromebook. C’est ce qui fait notre force : une accessibilité facile, une accessibilité efficace, une accessibilité ciblée, pour que les gens puissent être productifs. Nous ne voulons pas qu’ils soient frustrés.

Bertrand : Eh bien, tu sais, je suis heureux que tu parles d’efficacité parce que c’est notre positionnement aussi. Je veux dire qu’on peut avoir des besoins technologiques exprimés, on peut avoir la notion d’être durable en utilisant les outils numériques. Mais il faut que ce soit efficace. Il n’y a aucun intérêt à fournir quelque chose qui ne va pas fonctionner parce que vous allez générer plus d’exclusion, plus de frustration. Je suis très heureux d’entendre que nous avons le même message des deux côtés de l’Atlantique, ce qui m’amène à te poser deux autres questions que je n’avais pas prévues. 

Danielle : Tu veux que je vienne en France ?

Bertrand : Oh, pourquoi pas ! Eh bien, oui, nous t’attendons ici. Je veux dire, il suffit d’aller à l’aéroport. Nous allons t’attendre ici. Je veux dire, on est là. Tu sais où nous sommes. Tu peux chercher sur Google, prendre un avion et on vient te chercher à l’aéroport. Je veux dire, qu’est-ce que tu attends ? Je pense qu’il y a un vol ce soir. J’en suis sûr. Donc prends l’avion et on va s’occuper de toi et faire des activités sympathiques ici en France.

Danielle : J’ai beaucoup de connaissances que je pourrai partager pour aider à améliorer ce qui peut l’être.

Bertrand : Oui nous avons beaucoup de choses en cours à ce niveau. Je pense que ce sera certainement quelque chose dont nous aimerions parler avec nos partenaires locaux en France. Ils seraient intéressés par un échange sur l’utilisation des dispositifs technologiques dans les efforts engagés contre la pauvreté et l’illectronisme en termes de facteurs d’exclusion sociale. Cela m’amène à une autre question. En effet, tu as parlé de la redistribution de matériel informatique, d’ordinateurs portables, de Chromebooks ou de PC mais également des personnes dans le besoin, les personnes qui en auraient besoin pour prendre leur autonomie dans la nouvelle économie. Donc, existe-t-il un système, à ta connaissance, dans ta communauté où du matériel collecté auprès d’une entreprise par exemple, puis examiné, nettoyé, réorganisé et reconditionné pour être donné à de nouveaux propriétaires dans ces communautés qui ne peuvent pas se permettre de payer le prix total du nouveau matériel? Est-ce que le système est déjà en place ou est-ce vous qui le faites étape par étape ou au cas par cas ? C’est une organisation très systématique ou d’autres organisations caritatives spécialisées dans le reconditionnement de ce matériel s’en chargent ?

Danielle : Certaines organisations s’en occupent maintenant. Nous avons acheté beaucoup de nos ordinateurs de bureau à une compagnie d’assurance qui était en liquidation, et ils avaient beaucoup de disques durs verrouillés et d’autres choses. Il était donc très difficile d’y avoir accès. J’ai dû les effacer.

Bertrand : Tu l’as fait toute seule ?

Danielle : Oui j’ai dû le faire. J’ai tout fait. Oui.

Bertrand : Wow.

Danielle : Je les ai nettoyés. Donc c’est ce que je te dis, beaucoup d’organisations n’ont pas de multi-compétences comme la mienne. Elles ont probablement cinq ou six personnes qui font toutes les tâches. Et les choses que je fais, je les apprises par moi-même. J’ai fondé cette organisation en partant de peu. Je l’ai lancée, je la maintiens et je la fais croître, et cela s’est fait de manière naturelle. Donc il n’y avait pas de modèle ou quoi que ce soit. C’était juste, hey, nous cherchons, nous essayons, c’est notre vision. Nous voulons créer cette pièce où nous pourrons avoir un laboratoire informatique, etc. Alors comment on les trouve ? Lorsque nous les avons tous obtenus, nous n’avons pas été en mesure de les utiliser tout de suite parce que nous n’avions pas l’espace complet que nous avons maintenant, qui est un espace de vente de 232m2 compartimenté avec différentes pièces comme des salles de classe ou des salles de réunion. C’est donc là que se trouve mon bureau. 

J’ai mon bureau là aussi, mais nous avions le matériel avant d’avoir une vision complète. Mais une fois que nous avons été en mesure d’avoir notre espace, nous avons été en mesure de reconditionner le matériel informatique. Et j’ai commencé à montrer le processus de reconditionnement à certains de nos lycéens qui vont se spécialiser en informatique au lycée ou à l’université. J’ai pu commencer à leur montrer comment les nettoyer, les reformater et recharger le système d’exploitation, etc. parce que j’ai dû supprimer complètement le disque dur et les partitions.

Bertrand : Oui c’est important quand tu as du nouveau matériel. Oui, c’est très important. On ne peut pas simplement supprimer les données personnelles et ensuite faire circuler le matériel informatique de personne en personne. Et je sais qu’aux États-Unis comme en France et dans l’UE, que l’on la responsabilité légale de protéger et supprimer ces données.

Danielle : Oui, c’est la vie privée.

Bertrand : Oui, c’est la vie privée. Exactement ! Donc c’est très bien parce que ça veut dire qu’il y a un système mais vous vous débrouillez plus ou moins toute seule dans ce cas-là. Dans notre situation ici en France, nous discutons avec des organisations qui ont comme spécialité à la fois la capacité de reconditionner, réorganiser, effacer, et nettoyer tous ces matériaux. Et d’autres organisations sont spécialisées en tant que structures de l’ESS  dans la distribution avec l’aide des services sociaux ou des bureaux gouvernementaux dans les régions ou les municipalités aux personnes qui en ont besoin. L’un des dangers est que des gens récupèrent ce matériel et le revendent à des personnes qui n’en ont pas besoin. Il faut donc s’assurer que le matériel soit correctement reconditionnés et qu’il soit distribué aux personnes qui en ont réellement besoin. Et vous ne voulez pas aider des gens qui peuvent se permettre d’acheter ce matériel à un prix normal.

Danielle : Oui, il y a des sociétés comme Geek Squad qui sont spécialisées dans ce domaine. Mais il y a d’autres organisations et groupes aussi, parce qu’ils ont quelqu’un qui a une formation en technologie, et qui le fera pour eux en tant que bénévole. 

Bertrand : Eh bien, je suppose que, bien sûr aux États-Unis, un pays si grand et différent d’un État à l’autre, qu’il y a des entreprises de ce type. Et en Europe, cela dépend des pays, mais aussi des banques régionales.

Danielle : Oh, le gouvernement ?

Bertrand : Oui, en France, vous avez des fondations nationales qui ont leur siège à Paris avec des représentants au niveau local. Il y a donc plus ou moins une sorte de cohérence au niveau national. Mais bien sûr, nous parlons d’un territoire beaucoup plus petit ici. Il est donc intéressant de voir la diversité des situations pour traiter le même type de problème. J’aimerais vous poser une question à ce sujet, car lorsque nous avons parlé de ces exemples avec votre association, nous avons essentiellement abordé le facteur de l’illectronisme dans les communautés touchées par la pauvreté, que ce soit en France ou aux États-Unis. Je veux dire que nous comprenons que l’illectronisme est bien sûr un problème. Et les exclusions sont de plus en plus nombreuses et parfois pas nécessairement liées aux revenus, mais à la capacité à utiliser les outils numériques.

 Ainsi, en France, certaines recherches ont montré que beaucoup de personnes qui sont touchées par l’illectronisme et qui ne peuvent pas exercer leurs droits sont des personnes avec statut social élevé mais âgées. Donc, globalement elles se perdent dans le système parce qu’elles ne peuvent pas accéder aux systèmes en ligne, elles ne peuvent plus accéder à leur numéro de sécurité sociale parce qu’elles ne savent pas comment gérer tous les mots de passe car elles ne font pas partie de cette génération hyper connectée. Et les plus jeunes aussi, mais potentiellement la plupart d’entre eux à cause du manque d’éducation au numérique dans les communautés frappées par la pauvreté.

Danielle : Oh, tu penses que tout comme la pauvreté peut être « héréditaire » dans un sens, elle peut aussi être générationnelle et qu’il en est de même pour l’illectronisme. Il peut être générationnel.

Bertrand : Oui. Comment cela fonctionne-t-il dans ta communauté ? Je veux dire, quelle est l’interaction entre l’exclusion sociale, l’illectronisme, le niveau d’éducation, et les actions que vous menez ? Est-ce que tous ces facteurs sont liés ou au contraire ils n’ont aucun lien? Comment cela fonctionne-t-il dans ta communauté ?

Danielle : C’est une partie du modèle de construction de l’autosuffisance. Et l’autosuffisance n’est pas seulement une question d’économie, il s’agit aussi d’avoir accès aux outils, d’avoir accès à quelqu’un pour vous aider, d’avoir des repères pour vous aider. Nous avons ces trois enfants dans notre association. Ils vont vous aider, ils vont vous permettre de vous connecter. Ils peuvent vous imprimer un document pour que vous écriviez vos mots de passe. Ils peuvent faire ces choses pour vous. Donc, il s’agit d’avoir ces repères en place pour le numérique. Hum, quel est le terme ?

Bertrand : L’illectronisme.

Danielle : Oui, mais c’est plus que ça. C’est comme lorsque vous montez des escaliers et que vous avez cette balustrade pour vous aider à vous tenir pendant que vous montez. Et à chaque fois vous apprenez quelque chose. Vous avez toujours un appui juste là pour vous aider à monter. Vous ne vous contentez pas de monter les escaliers sans aide ou de les descendre. Dans votre cheminement, vous gardez un rythme constant qui peut vous aider à avancer dans les deux sens. Dans les deux cas, tu as besoin d’avancer.

Bertrand : Oui être réceptif est aussi possible lorsque l’on a un esprit ouvert. Vous ne pouvez pas avoir un état d’esprit figé parce qu’une partie de votre progression consiste à avoir un esprit ouvert et que vous voulez progresser. Vous devez être prêt à grandir. Vous devez être prêt à quitter cette condition. Vous devez être prêt à vous familiariser avec le numérique, depuis les notions de base jusqu’au niveau que vous voulez atteindre. Vous devez être prêt parce que rien de ce qui se passe ne peut se produire si vous rejetez cette opportunité.

Danielle : C’est une partie du modèle de construction de l’autosuffisance. Et l’autosuffisance n’est pas seulement une question d’économie, il s’agit aussi d’avoir accès aux outils, d’avoir accès à quelqu’un pour vous aider, d’avoir des repères pour vous aider. Nous avons ces trois enfants dans notre association. Ils vont vous aider, ils vont vous permettre de vous connecter. Ils peuvent vous imprimer un document pour que vous écriviez vos mots de passe. Ils peuvent faire ces choses pour vous. Donc, il s’agit d’avoir ces repères en place pour le numérique. Hum, quel est le terme ?

Bertrand : Cela fait partie du processus où l’on réintègre dans le système les personnes qui se sentent exclues, sans qu’elles se sentent intimidées ou obligées de le faire parce que d’une certaine façon, elles le sont. Donc, lorsque nous acceptons ce changement, il y a beaucoup d’éducation ou de gestion du changement à mettre en place et cela m’amène à ma question. Lorsque vous livrez ces Chromebooks à ces familles qui répondent à leurs besoins qui est de se connecter. Donc ils peuvent le faire, ils peuvent accéder à un emploi ou ils peuvent faire toutes leurs démarches en ligne. Est-ce que vous leur donnez, je suis sûr que vous leur donnez, un peu d’éducation sur la façon d’utiliser l’outil ou une certaine stratégie pour utiliser l’outil? Cela fait-il partie d’un programme plus large, potentiellement géré par la communauté ou potentiellement subventionné par la municipalité ou les autorités locales pour que ces personnes ne se contentent pas juste d’avoir un ordinateur ? Et qu’elles ne finissent pas par jouer à Candy Crush, mais qu’elles finissent par avoir une stratégie d’utilisation et qu’elles deviennent suffisamment instruites pour que cela leur soit utile. Alors, comment cela fonctionne-t-il ?

Danielle : Il y a beaucoup de ressources disponibles, mais la première chose que les gens font quand ils l’ont, c’est de prendre leur téléphone et de regarder sur YouTube.

Bertrand : Non !

Danielle : Oui, c’est vrai.

Bertrand : Non !

Danielle : C’est la réalité.

Bertrand : Tu sais, finalement, je ne suis pas surpris.

Danielle : Nous avons également des moyens de diffuser notre communication. Nous avons une newsletter, nous utilisons les SMS. Nous leur envoyons des textos et nous pouvons ainsi leur donner des liens vers des ressources pour faire ceci et cela. Et cette information est fiable. C’est ce que nous voulons. Nous ne les submergeons pas, nous leur montrons simplement. Et aussi, nous avons un suivi social aussi. Nous partageons donc ces informations avec eux, afin qu’ils sachent toujours quel canal de communication ils peuvent utiliser pour obtenir les informations dont ils ont besoin pour faire ce qu’ils ont à faire. Donc, ils peuvent le faire depuis leur téléphone ou depuis leur Chromebook. Nous leur donnons une version par SMS et ils peuvent également utiliser nos réseaux sociaux comme base d’information. Ensuite, notre site Web reflète nos réseaux sociaux. Ce qui se passe, c’est que deux pages sont appelées « page vamp » comme vampire et elles reflètent nos réseaux sociaux. Ainsi, tout ce que nous publions sur nos réseaux sociaux apparaît également sur le site Web. Ainsi, il est toujours à jour.

Bertrand : Peux-tu partager ce site web avec Solyne ? Ainsi, nous pourrons également y jeter un coup d’œil. Ça a l’air vraiment intéressant parce que je ne suis pas sûr qu’on ait trouvé beaucoup de ressources sur ce sujet, donc on aimerait bien. En fait, l’idée est que si l’on résume le tout, il y a deux piliers pour une gestion de communauté réussie et si l’on intègre la notion d’autonomie par rapport au numérique, et la chose la plus importante, et ce n’est pas surprenant, est l’éducation. Es-tu d’accord avec cela ?

Danielle : Oui.

Bertrand : Et le numéro deux, serait l’engagement des bénévoles. Je veux dire que sans cela, il n’y a pas de bien commun, sans cela, il n’y a pas de progrès. Il n’y a pas de motivation. Je ne pense pas que les gens puissent être motivés en regardant simplement des vidéos et des tutoriels sur YouTube. Je veux dire qu’ils ont besoin d’avoir une personne en face d’eux qui les guidera dans ce qu’ils doivent faire, s’ils ont besoin de progresser dans leurs compétences en matière de culture numérique ou autre.

Danielle : Tu vas sur YouTube et ça te dit comment nettoyer ta chambre. Pas vrai ? Parce qu’ensuite ta mère vient, et te dit de ranger ta chambre, d’accord ? Et donc tu penses à comment cette conversation va se dérouler.

Bertrand : J’adore cet exemple. Quand je pense à ma mère qui me dit de ranger ma chambre, c’était certainement à l’époque où je n’avais pas YouTube quand j’étais enfant. Tu connais mon âge. Mais je ne peux pas imaginer une vidéo YouTube sur ça. Ce que nous avions à l’époque c’était la cassette, tu sais, le lecteur de cassette me disant de nettoyer ma chambre.

Danielle : Qui te dit comment le faire.

Bertrand : Oui, exactement ! Avec autant d’efficacité et ce ton autoritaire que ma mère avait. Donc définitivement, YouTube ne m’aurait pas aidé dans le nettoyage de ma chambre.

Danielle : Il ne sait même pas ce qu’il faut nettoyer dans ta chambre !

Bertrand : Oui, exactement !

Danielle : Il n’y a pas de contexte. YouTube n’a aucune idée de la façon dont ta chambre est disposée.

Bertrand : J’adore cet exemple Danielle, parce que nous résumons comment, parfois, la surabondance d’outils technologiques en ligne, mène en fait à quelque chose qui n’est pas cohérent parce qu’il n’y a aucun contexte. Il ne se connecte pas à vous en tant que personne. Il vous donne juste une perspective. Et je pense que cet exemple, si tu m’autorises à l’utiliser, je vais l’utiliser en France. Nous allons te citer systématiquement. Alors sois en sûre.

Danielle : YouTube va dire : « Nettoyez sous ce lit. Mettez ces vêtements dans les deux piles. Nettoyez tout ce qui est sale. Accrochez ces choses ici. Mettez vos chaussures là. Jetez cette poubelle ». Et tu sais ce n’est pas de l’accompagnement personnalisé avec une personne qui te connaît, qui connaît le contexte, qui connaît ta chambre, ton désordre, qui te connaît. Elle sait comment elle veut que ce soit et comment ça devrait être. Elle connaît donc l’objectif final et l’a en tête lorsqu’elle te le dit. Il est donc bon d’avoir ce soutien humain personnalisé.

Bertrand : Je sens qu’une mère parle.

Danielle : Absolument !

Bertrand : Et je suis sûr que les mères comprennent cela, et je peux vous dire que ma mère de 76 ans, quand elle vient chez moi, me dit de faire ceci ou cela. Aucun tutoriel sur YouTube sur la gestion d’une maison ne peut être aussi efficace qu’une visite de ma mère, même si elle a 76 ans. Donc oui, tu as raison. Et j’adore ton exemple. C’est tellement inspirant. Donc, pour en venir à cela, qu’est-ce qui va se passer en 2023 pour ton organisation ? Qu’est-ce qui est à l’ordre du jour ? Je veux dire, avez-vous des problèmes spécifiques que vous allez traiter ? Quel est le problème que vous voulez résoudre en 2023 parce que vous en avez tellement ?

Danielle : Eh bien, en 2023, j’aimerais qu’on s’associe avec d’autres organisations qui vont gérer les cas de certaines familles qui sont prêtes. Elles auront des sessions mensuelles qui leur donneront des informations sur tout ce dont elles ont besoin pour être autonomes. Et ça va être directement en accord avec leurs objectifs. Donc, le but est d’avoir 3000 familles autonomes d’ici 2030.

Bertrand : Wow !

Danielle : Et donc, toutes les organisations partenaires s’occupent des familles qui sont dans nos communautés locales. Et ensuite nous les recensons toutes et nous les mettons en relation avec nos bénévoles pour aider ces familles. Donc, quand nous faisons cela, ils vont recevoir de l’aide pour apprendre à faire un budget, ils vont recevoir de l’aide pour préparer leur crédit pour acheter auprès des banques.  Nous les aidons avec l’achat de maison et obtenir de l’aide pour le paiement initial et les frais de clôture et bien plus encore. Mais ce qui se passe, c’est qu’on va les rencontrer dès le début là où ils sont et on va se baser sur les objectifs qu’ils ont fixés. Nous allons les aider à se construire pour qu’ils atteignent ces objectifs et les accompagner sur l’ensemble du processus. Les familles auront un rendez-vous mensuel. Elles se rendront à des sessions mensuelles pour obtenir le soutien nécessaire à la réalisation de leurs objectifs. C’est donc un élément important. 

Une autre chose importante, c’est que j’essaie d’appliquer ce que nous faisons à d’autres communautés. J’ai ouvert un centre de développement communautaire et un autre, dans une partie plus au Sud de la Caroline, plus proche de la côte et où il y a aussi une extrême pauvreté générationnelle. Donc, j’en ai ouvert un là-bas. Et ils le font de manière phénoménale. Mais je pense vraiment que beaucoup de gens ont besoin de ces informations, et c’est ce que j’ai fait. J’ai rassemblé tout cela, j’ai observé et j’ai été sensible à ce que je voyais et à ce que j’entendais, et à ce que les gens étaient prêts à partager avec moi pour les aider à s’améliorer. C’est ce que je vois pour sûr, les emmener sur la route et les aider à construire des communautés qui ne sont pas touchées par l’illectronisme, plus autonomes, et centrées sur la famille.

Bertrand : Wow, c’est une cause très noble et je pense que ça en vaut vraiment la peine parce que ça va faire tellement de bien aux communautés et surtout dans le monde actuel. Je veux dire, ramener ces valeurs de la famille et l’amener aussi en termes d’illectronisme comme un ensemble de compétences clés pour la vie. C’est tellement important. Sur cette note, je voudrais vous remercier encore une fois, Danielle, tu es inspirante.

Danielle : Tout le plaisir est pour moi !

Bertrand : C’était une interview très enrichissante. Et j’espère vraiment que tu prendras cet avion un jour et parmi tous tes projets tu viendras nous voir en France avant que nous nous déplacions pour venir te rencontrer. Nous en serions ravis. Alors, merci beaucoup. Merci beaucoup Danielle. Ce fut un plaisir et nous sommes impatients de te revoir.

Danielle : Grazie.

Bertrand : Grazie ? C’est de l’italien ça me va aussi. Si tu veux, on peut parler dans une autre langue.

Danielle : Merci.

Bertrand : Merci ? OK, désolé, je pensais que tu avais dit grazie.

Danielle : J’ai dit les deux. J’ai dit les deux. J’ai dit grazie. Et je peux le dire en espagnol aussi. Gracias.

Bertrand : Eh bien, l’interview s’achève et merci beaucoup, Danielle ! Au plaisir d’échanger à nouveau. 

Venez découvrir nos différents domaines d'expertises

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

×

 

Bonjour !

ANEOL est à votre écoute, poser vos questions 🧏‍♂️​

× Besoin d'aide ?